Actualité Santé Française
Infections et cancers : des liaisons parfois dangereuses, souvent évitables
JEFF PACHOUD - AFP/Archives
Des virus, des bactéries, voire des parasites sont à l'œuvre : environ un nouveau cas decancer sur huit dans le monde découle d'infections, souvent évitables notamment par des vaccins, même s'il reste beaucoup à faire, surtout dans les pays défavorisés, souligne mardi l'agence anti-cancer de l'OMS.
Dans le fardeau mondial descancers quelque 2,3 millions de cas supplémentaires par an sont imputables à des infections, soit environ 12 % du total, estime aussi le Centre international de recherche sur lecancer (Circ), dans une étude publiée dans The Lancet Oncology.
"Une large proportion des cas de cette maladie mortelle reste liée à des infections", déclare à l'AFP le Dr Gary Clifford, son coauteur principal, mais "on peut souvent agir pour les éviter, ce qui n'est pas toujours le cas pour d'autrescancers ".
Ce panorama, qui estime la part des nouveaux cas decancers en 2024 attribuable à 12 agents infectieux, prend en compte les progrès dans la compréhension des causes decancers ainsi que des données d'incidence mondiale élargies et actualisées.
Altération ou modification des gènes des cellules infectées, déclenchement d'une inflammation chronique, affaiblissement du système immunitaire : divers mécanismes expliquent que certaines infections accroissent le risque cancéreux.
À l'origine de la grande majorité descancers de l'estomac, l'infection par une bactérie, Helicobacter pylori, qui colonise la muqueuse gastrique, entraîne environ 760.000 cas decancers
En deuxième position : les papillomavirus humains (ou HPV, selon l'acronyme anglais), responsables des infections sexuellement transmissibles les plus répandues et d'environ 750.000 cas decancers
Si la grande majorité des papillomavirus disparaissent sans symptôme, une douzaine peuvent persister et conduire à descancers (col de l'utérus, anus, gorge...).
Également en cause : les virus de l'hépatite B, pour quelque 360.000 cas decancer et de l'hépatite C, pour environ 160.000.
La principale nouveauté de l'étude réside dans l'impact estimé du virus d'Epstein-Barr : environ 260.000 cas.
- "Combat constant" -
"Epstein-Barr ne cause pas plus decancers ", précise le Dr Clifford, mais "les progrès des connaissances scientifiques permettent de mieux comprendre ce fléau". Ce membre de la famille de l'herpès, très répandu, a un rôle dans l'apparition du carcinome du nasopharynx,lymphomes certainscancers de l'estomac, etc.
À eux cinq, Helicobacter pylori (4%), papillomavirus humain (4%),hépatite B (2%), virus d'Epstein-Barr (1%) ethépatite C (moins de 1%) entraînent la quasi-totalité descancers d'origine infectieuse.
Mais d'importantes inégalités mondiales demeurent.
L'Asie de l'Est concentre ainsi 42% des nouveauxcancers d'origine infectieuse, principalement causés par H. pylori et par le virus de l'hépatite B. L'Afrique subsaharienne (28,5%) est aussi très touchée, notamment sous l'effet du papillomavirus et du virus responsable dusarcome de Kaposi.
Globalement, plus des trois quarts descancers liés à une infection sont survenus en 2024 dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où l'accès à la prévention et aux traitements reste inégal.
Plusieurs stratégies "scientifiquement prouvées" permettraient d'éviter la plupart de cescancers vaccinations (HPV, virus de l'hépatite B...), dépistages et traitements (H. pylori,hépatites virales, VIH)...
Par la vaccination, plusieurs pays riches semblent ainsi partis pour éradiquer dans quelques années les infections causées par les papillomavirus, à commencer par l'Australie, qui vise une quasi-disparition ducancer du col de l'utérus d'ici 2035.
Mais dans de nombreuses régions du monde, les actions préventives rencontrent des freins persistants, "financiers, politiques ou liés aux systèmes de santé", note le Circ.
"La prévention est surtout dans les pays riches, des efforts restent à faire pour réduire les inégalités", observe le Dr Clifford, notant que certains programmes internationaux soutiennent la vaccination dans des pays défavorisés.
Or, "aux États-Unis mais aussi en Europe, il y a eu des coupures dans l'aide au développement international, parfois pour alimenter les budgets de défense".
Autre défi : "Depuis le Covid et les réseaux sociaux, il faut mener un combat constant pour garder la confiance des populations dans la science et les politiques de santé".
L'agence de l'OMS appelle aussi à développer de nouveaux outils, notamment des vaccins contre le virus d'Epstein-Barr pour lesquels il n'existe actuellement aucune mesure préventive efficace.
"Cibler de nouveaux virus causant descancers pourrait aussi aider à prévenir d'autres maladies qu'ils provoquent, comme lasclérose en plaques pour Epstein-Barr", précise le Dr Clifford.
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Lexique
virale (hépatites A, B, C, D, E...),
toxique : alcool, médicaments, autres substances toxiques professionnelles ou non comme les solvants chlorés, l'arsenic, dioxines...
auto-immunes : dérégulation du système immunitaire soit spécifique d'un organe (foie par exemple) soit avec atteinte plus ou moins généralisée de l'organisme.
ictère (coloration jaune du blanc des yeux puis du reste du revêtement cutané,
fatigue parfois importante avec perte de l'appétit et amaigrissement,
douleurs articulaires,
démangeaisons (prurit) généralisées,
parfois fièvre...
le plus souvent guérir (normalement, les cellules hépatiques se régénèrent d'elles même) après quelques semaines ou mois de maladie ;
parfois se compliquer en passant à la chronicité, les tests hépatiques restent perturbés après 6 à 12 mois d'évolution de l'atteinte initiale. Dans certains cas, l'hépatite continue à se dégrader dans le temps (hépatite chronique active et abouti au stade de cirrhose .
celle des hommes mûrs des pays méditerranéens et d'Europe centrale,
celle de l'homme africain (Afrique équatoriale),
celle du sujet immunodéprimé,
celle compliquant l'évolution du SIDA (qui est la forme dont le pronostic est le plus mauvais).
paraparésies, monoplégie brachiale ou crurale,
troubles de l'équilibre en position debout,
troubles visuels (baisse de l'acuité visuelle d'un oeil, vision double, nystagmus, névrite optique rétrobulbaire ),
troubles de la sensibilité, dans au moins un membre,
typiquement non douloureuse, mais des exceptions peuvent se manifester sous forme de douleurs fulgurantes ou lancinantes des membres inférieurs, de la face...
troubles de la marche et de l'équilibre ;
des troubles sphinctériens et sexuels, habituels à un stade tardif de la maladie.