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Semaine cruciale de négociations à l'OMS sur les vaccins et pathogènes
Fabrice COFFRINI - AFP/Archives
Le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé lundi les pays à finaliser cette semaine les négociations visant à créer un système de partage des agents pathogènes et des produits de santé, faute de quoi le traité sur les pandémies adopté l'an dernier ne pourra entrer en vigueur.
"Le monde ne peut se permettre de laisser passer cette occasion et de risquer de ne pas être prêt pour la prochaine pandémie", a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, appelant les pays qui négocient au siège de l'OMS à "conclure un accord cette semaine".
Après plus de trois ans de négociations lancées à la suite du Covid-19, les Etats membres de l'OMS - que les Etats-Unis de Donald Trump ont quittée - ont adopté en mai 2025 un traité sur les pandémies.
Ils avaient néanmoins échoué à s'entendre sur l'élément central du traité, le système - dit PABS - visant à organiser le partage rapide et équitable des agents pathogènes, de leurs données génétiques et des produits de santé - vaccins, traitements, tests de dépistage - qui en découlent.
Ils espèrent conclure les négociations cette semaine afin d'adopter le texte lors de l'assemblée générale de l'OMS en mai, mais leur issue reste incertaine.
"Les pays en développement expriment leur méfiance, craignant de partager leurs virus sans garantie d'accès équitable aux vaccins en cas de crise tandis que les autres pays s'interrogent sur la motivation et la capacité de l'industrie pharmaceutique à soutenir un accord mondial sur les pandémies sans garantie de retour sur investissement à terme", a déclaré à l'AFP Sylvie Briand, scientifique en chef à l'OMS.
- "Torts partagés" -
Selon Jean Karydakis, diplomate brésilien à Genève, les divergences de vues demeuraient "importantes" la semaine dernière même si les pays riches, en particulier l'UE, "s'efforcent désormais de faire preuve de flexibilité".
Le traité prévoit que chaque laboratoire participant volontairement au PABS devra garantir à l'OMS, en cas de pandémie, "un accès rapide à un pourcentage visé de 20% de sa production en temps réel de vaccins, de traitements et de produits de diagnostic (...) à condition qu'un minimum de 10% de sa production" soit mis à disposition de l'OMS "à titre de don" et le pourcentage restant "à un prix abordable".
Adam BERRY - AFP/Archives
Les modalités restent néanmoins à définir, de même que les règles sur les "contributions pécuniaires" des entreprises et celles sur l'accès aux données et aux outils de santé.
"Ce mécanisme est une des priorités des pays en développement, notamment des pays africains, et c'est la condition à laquelle ils ont accepté d'adopter l'accord pandémie l'an passé. Il faut donc trouver une solution qui convienne à tous", a indiqué à l'AFP un diplomate occidental sous couvert d'anonymat.
Alors que les ONG ont régulièrement critiqué les pays riches pendant les négociations, ce diplomate souligne qu'"il y aussi des demandes excessives de certains pays en développement" et estime que "les torts sont partagés".
- Points de friction -
Les pays en développement plaident pour qu'il y ait un partage des outils de santé et des transferts de technologies en dehors des phases de pandémie, qui sont bien plus rares que les épidémies.
Chercheur au Third World Network à New Delhi, K.M. Gopakumar, a indiqué à l'AFP que les pays en développement estiment aussi que l'accès, par les fabricants, aux données sur les agents pathogènes "devrait immédiatement entraîner des engagements juridiques de partage des avantages". Les pays développés y sont plus réticents.
Mais "lors des épidémies d'Ebola, des échantillons prélevés sur des patients africains ont permis de développer des traitements", sans garanties d'accès équitable pour les populations concernées, "ce qui a entraîné une disponibilité limitée en Afrique et la constitution de stocks principalement aux Etats-Unis", a fait valoir Olena Zarytska, de Médecins sans frontières (MSF), auprès de l'AFP.
Les pays en développement réclament par ailleurs que l'accès aux bases de données sur les agents pathogènes se fasse via un système d'enregistrement et de suivi des utilisateurs, tandis que "les pays développés - principalement l'Allemagne, la Norvège et la Suisse - défendent un accès anonyme", selon K.M. Gopakumar.
Avec l'anonymat, "les ressources génétiques provenant de pays en développement peuvent être utilisées, commercialisées et exploitées en toute impunité", ont dénoncé dans une lettre conjointe à l'OMS plus d'une centaine d'ONG, dont Oxfam.