Accueil MagazineMagazine Santé Paraguay : Santiago Peña, l'économiste réputé défait par une crise bancaire
Actualité Santé Française

Paraguay : Santiago Peña, l'économiste réputé défait par une crise bancaire

Le président paraguayen Santiago Peña, qui a présenté sa démission jeudi, est passé en trois ans d'une image de brillant économiste incarnant la jeune garde du parti dominant dans le pays, à celle d'homme d'État visé par une destitution pour ses liens avec une banque devenue insolvable.

Il a annoncé sa démission 48 heures après l'éclatement d'une crise qui a vu la banque Ueno mise sous tutelle par la Banque centrale, entraînant le gel des dépôts de près de 3 millions de Paraguayens, soit près de la moitié de la population.

Malgré cette annonce, Santiago Peña reste techniquement à la tête de l'Etat paraguayen, le Parlement n'ayant pu, faute de quorum, voter pour accepter ou refuser sa démission.

Le dirigeant de 47 ans est en revanche visé par une procédure de destitution que les députés ont approuvée et qui doit être menée à partir de vendredi par le Sénat. Il a perdu le soutien du Parti Colorado et de son mentor, l'ex-président Horacio Cartes (2013-2018).

 

- "Jeune démocratie" -

 

Santiago Peña avait été élu confortablement en 2023 à l'âge de 44 ans, plus jeune président de l'histoire du pays, avec 42,7% des voix, contre 27,5% à son rival de centre gauche lors de la présidentielle, faisant mentir la plupart des sondages qui donnaient un scrutin très serré.

Passé par la Banque centrale du Paraguay et le Fonds monétaire international, puis ministre des Finances, Santiago Peña se disait en phase avec la "société conservatrice" du Paraguay et proche du quotidien des citoyens.

Sourire affable, traits juvéniles, il citait souvent sa jeune paternité, à 17 ans, comme un facteur déterminant qui le poussa à étudier dur, travailler tôt et "vouloir servir". 

Sur le plan sociétal, il affirmait épouser les valeurs traditionnelles et chrétiennes de la famille, un "socle" dans "un monde deconvulsions et déshumanisé". Et pour ces raisons, s'opposait au mariage pour tous et à l'avortement.

Pour lui, le Paraguay est encore une "jeune démocratie dont il faut prendre soin". Il a porté un regard ambivalent sur la dictature d'Alfredo Stroessner (1954-1989), à "l'immense passif" au regard des "droits humains" mais qui permit de rompre avec "un demi-siècle d'instabilité et de développer des institutions".

Bien que longtemps affilié au Parti libéral (centre gauche), Santiago Peña avait été ministre du richissime ex-président Horacio Cartes, du parti rival Colorado, hégémonique dans le pays depuis le 19e siècle, où il s'encarta en 2016. Par pur carriérisme, selon ses détracteurs.

Santiago Peña a, à plusieurs reprises, navigué entre assumer le soutien de son mentor en politique et sortir de son ombre embarrassante. 

Horacio Cartes avait en 2022 été frappé de sanctions par les Etats-Unis qui l'estimaient "significativement corrompu". Des sanctions levées par l'administration Trump en 2025, une décision saluée par M. Peña.

 

- Rattrapé par la finance-

 

Au pouvoir, Santiago Peña s'est aligné sur les gouvernements de droite de la région et a maintenu des liens étroits avec l'administration américaine, avec lesquels son pays possède divers programmes de coopération militaire et de sécurité, incluant formation, équipement et soutien dans la lutte contre le narcotrafic et le crime organisé, un des fléaux du Paraguay.

Tout comme un de ses alliés de la région élu la même année que lui, l'ultralibéral argentin Javier Milei, le président Peña était aux côtés de son homologue américain Donald Trump pour son sommet "Bouclier des Amériques" lançant une coalition pour "éradiquer les cartels".

Et comme les États-Unis, le Paraguay a son ambassade en Israël située à Jérusalem, en rupture avec le consensus international.

Dans le scandale qui l'a perdu, Santiago Peña a paru rattrapé par sa proximité avec les milieux financiers. 

Avant sa présidence et jusqu'à 2025, il détenait des actions dans une holding propriétaire de la banque Ueno. "Une banque qui croissait à une vitesse qu'aucune banque saine ne connaît", résuma Mauricio Espinola, un des députés d'opposition instigateurs de la procédure de destitution.

Santiago Peña "a trahi le pays pour de l'argent", a accusé Oscar Salomon, sénateur du parti au pouvoir, qui a finalement lâché celui qui incarnait son avenir.  

Lexique

Nous contacter