Actualité Santé Française
En Occitanie, des kinés "lanceurs d'alerte" formés à repérer les mélanomes
Sylvain THOMAS - AFP
Face à la pénurie de dermatologues, des kinés de la région Occitanie sont formés à repérer lesmélanomes chez leurs patients, pour faire gagner à ces derniers un temps précieux contre lecancer
Une initiative "pilote" en France, qui vise à former avant la fin de l'année cent kinésithérapeutes.
A Baillargues, près de Montpellier, ils sont venus de tout l'Est de la région pour apprendre à se servir d'un dermatoscope: une lentille qui se fixe sur la caméra d'un smartphone et grossit jusqu'à 20 fois l'image.
La prise en main est rapide et intuitive et chacun se prête au jeu, examinant à la loupe les tâches, lésions, grains de beauté de son voisin.
Sylvain THOMAS - AFP
Caroline Laffont-Perrette, kiné à Aigues-Mortes, en Camargue, se sent "chanceuse" d'avoir été sélectionnée parmi les centaines de volontaires.
Elle a été sensibilisée à la cause ducancer par son expérience, elle qui travaille beaucoup sur des reconstructions mammaires après uncancer du sein.
"Parfois on alerte sur des lésions qui changent ou qui apparaissent, mais les patients peuvent se décourager face à la difficulté d'accès à la dermatologie", remarque-t-elle.
Avec la formation, elle espère "affiner" son observation, et permettre à ses patients un accès rapide à une consultation dermato.
- Relation privilégiée -
Sylvain THOMAS - AFP
Le docteur Georges Bes, dermatologue à la clinique du Millénaire à Montpellier, spécialiste en imagerie dermatologique, a eu l'idée de cette formation en voyant la relation privilégiée que son fils, kinésithérapeute, nouait avec ses patients.
Car les rendez-vous de kiné sont longs (30 minutes en moyenne), récurrents, et ces professionnels ont une vision d'ensemble des corps de leurs patients, souvent dévêtus.
"On passe du temps avec eux et on est au contact de leur peau", confirme à l'AFP Pierre Jammes, kiné à Montady, près de Béziers. "En 30 ans, j'ai vu beaucoup de grains de beauté qui m'ont interpellé, mais je ne savais pas forcément reconnaître une lésion suspecte".
En plus de cette journée complète de formation, les kinés volontaires ont accès à des cours en ligne, et un compagnonnage avec des dermatologues pendant plusieurs mois, pour apprendre notamment à connaître les critères discriminants d'unmélanome l'évolutivité d'une tâche, sa couleur non homogène, sa forme irrégulière...
L'idée n'est pas de "transformer les kinés en dermatos", insiste le Dr Bes, et la détection doit rester "opportuniste", c'est-à-dire que le patient ne consulte pas pour ce motif, et doit donner son accord.
Mais ce premier repérage peut venir pallier le manque de dermatologues. Selon la Société française de dermatologie (SFD), il faut compter "trois à six mois" pour obtenir un rendez-vous, parfois plus dans les territoires les plus désertés.
Le nombre de professionnels est en forte baisse depuis 15 ans, ils sont à peine plus de trois pour 100.000 habitants. Une tendance inverse à la prévalence dumélanome lecancer de la peau le plus mortel, en forte augmentation dans le monde.
- Sauver des vies -
La formation des kinés aborde aussi la communication avec le patient, en cas de suspicion demélanome Hélène Buche, docteur en psychologie à l'université Paul Valéry de Montpellier, leur donne des clés pour "s'ajuster émotionnellement avec le patient" et lui faire part de son observation sans la transformer en diagnostic.
La photo d'une lésion suspecte est envoyée sur une plateforme de télé-expertise à un réseau de dermatologues qui s'engagent à l'examiner et à répondre sous 48H maximum, puis à déclencher un rendez-vous en urgence pour le patient si besoin.
Patrick Saut, président de l'URPS (Union régionale des professionnels de santé) kinés en Occitanie, raconte qu'au lancement de l'expérimentation, "13 kinés ont été formés, un par département, et on a détecté sixmélanomes et carcinomes".
Un succès qui a permis de rallier le soutien de l'Agence régionale de santé au projet. "On est des lanceurs d'alerte" résume-t-il, "c'est un pré-diagnostic qui fait gagner un temps terrible en cas decancer Quand on sait qu'il faut en moyenne cinq mois pour un rendez-vous dermato, on peut sauver des vies".
jp/so/dfa
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Lexique
Prédisposition génétique (entre 5 et 10% des cancers du sein),
Hyperestrogénie : c'est un cancer hormonodépendant),
Absence de grossesse ou grossesse de survenue tardive (après l'âge de 30 ans),
Surpoids, obésité et consommation excessive d'alcool (par hyperestrogénie secondaire),
Ménopause tardive ou 1ères règles précoces,
Antécédent de mastopathie bénigne,
Antécédent de radiothérapie thoracique.
stade I : tumeur localisée uniquement au sein, les ganglions axillaires ne sont pas envahis,
stade II : envahissement des ganglions axillaires,
stade III : d'autres aires ganglionnaires sont atteintes,
stade IV : présence de métastases dans d'autres organes.