Actualité Santé Française
La justice reconnaît un "lien direct" entre le cancer du sein d'une infirmière et son travail de nuit
Thibaud MORITZ - AFP/Archives
Le tribunal administratif de Marseille a reconnu jeudi l'existence d'un "lien direct" entre lecancer du sein d'une infirmière et ses conditions de travail de nuit pendant près de 25 ans, estimant que sa maladie était imputable à son service.
En conséquence, le tribunal a annulé la décision du directeur du centre hospitalier de Martigues qui avait rejeté en 2021 la demande de "reconnaissance d'imputabilité" de l'infirmière, qui s'était également vu refuser sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle en 2019.
Dans sa décision, le tribunal rappelle qu'"une maladie contractée par un fonctionnaire est imputable au service public hospitalier si elle présente un lien direct avec ses conditions de travail, permettant son développement sauf si des circonstances particulières en sont à l'origine".
Or, souligne le tribunal, "alors que la plupart des causes à l'origine de la maladie restent ignorées, les études scientifiques dès 2007 révèlent les effets du travail de nuit sur les fonctions hormonales de la femme, entraînant une majoration du risque decancer ".
L'infirmière, diagnostiquée d'uncancer en 2014, a exercé à l'hôpital de Martigues pendant près de 25 ans "exclusivement de nuit, avec une moyenne de 140 nuits par an", souligne le tribunal qui relève que "les autres facteurs de risques connus tels que génétiques, hormonaux et les facteurs environnementaux et hygiéno-diététiques sont, chez cette infirmière, faibles, voire absents".
Il juge que, dans ces conditions, "existe une probabilité suffisamment élevée d'un lien direct entre la pathologie dont a été atteinte l'infirmière et ses conditions de travail de nuit à l'origine du développement de cette maladie".
Il "enjoint donc au centre hospitalier de reconnaître l'imputabilité de la maladie au service".
"C'est une très bonne décision", a réagi Me Elisabeth Leroux, l'avocate de l'infirmière qui pourra, grâce à cette décision, bénéficier d'"une rente à vie calculée en fonction du taux d'incapacité permanente ou partielle qui lui sera accordé". "C'est très important car souvent, elles tombent malades jeunes", a-t-elle précisé.
Le plus meurtrier descancers chez la femme en France avec 12.000 morts par an, lecancer du sein est une maladie dont on n'a pas fini d'explorer les facteurs de risques: le travail de nuit a été jugé "probablement cancérogène" en 2007 par le Centre international de recherche sur lecancer agence de l'OMS qui a aussi classé "cancérogènes avérés" les rayons X et Gamma.
Travailler de nuit plus de deux nuits par semaine pendant plus de 10 ans multiplie le risque par trois, avait estimé l'Institut national de la santé et de la recherche médicale en 2018.
Jusqu'ici, très peu de femmes ont obtenu reconnaissance de maladie professionnelle pour leurcancer du sein, qui ouvre droit à une indemnisation. La première, en 2023, était une infirmière mosellane exposée à des rayons et travaillant de nuit à l'hôpital pendant 28 ans.
"On a encore beaucoup de mal a obtenir cette reconnaissance malgré une littérature scientifique concordante", déplore Me Leroux.
Si plusieurs procédures ont déjà été gagnées - à l'amiable ou en justice - pour des infirmières et aides-soignantes, cumulant le plus souvent une polyexposition (travail de nuit et rayons ionisants), des procédures sont actuellement en cours pour faire reconnaître lecancer de la prostate -cancer également hormono-dépendant - comme maladie professionnelle chez des travailleurs de nuit, précise l'avocate.
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Lexique
Prédisposition génétique (entre 5 et 10% des cancers du sein),
Hyperestrogénie : c'est un cancer hormonodépendant),
Absence de grossesse ou grossesse de survenue tardive (après l'âge de 30 ans),
Surpoids, obésité et consommation excessive d'alcool (par hyperestrogénie secondaire),
Ménopause tardive ou 1ères règles précoces,
Antécédent de mastopathie bénigne,
Antécédent de radiothérapie thoracique.
stade I : tumeur localisée uniquement au sein, les ganglions axillaires ne sont pas envahis,
stade II : envahissement des ganglions axillaires,
stade III : d'autres aires ganglionnaires sont atteintes,
stade IV : présence de métastases dans d'autres organes.
L'âge (l'incidence du cancer de la prostate augmente avec l'âge), -> les antécédents familiaux de cancer de la prostate,
les antécédents de vasectomie...
Stade T (tumeur)
* T1 correspond à une tumeur non perçue au toucher rectal (découverte histologique fortuite) : T1a (stade A1) et T1b (stade A2) correspondent à des cancers découverts incidemment lors de l'examen du tissu prostatique obtenu au cours d'une intervention pour adénome bénin de la prostate (a : < à 5% du tissu examiné ; b : > à 5% du tissu examiné ) ; T1c correspond à des cancers découverts par biopsies faites en raison d'une élévation suspecte du taux de PSA,
* T2 correspond à un cancer palpable au toucher rectal et qui semble localisé à la glande, intéressant un seul (T2a ou stade B1) ou les 2 lobes (T2b ou stade B2) de la prostate,
* T3 correspond à un cancer qui s'étend en dehors de la prostate (T3a ou stade C1) et/ou aux vésicules séminales (T3b ou stade C2),
* T4 correspond à un cancer qui a envahi les organes adjacents à la prostate (vessie, rectum, muscle).
Stade N (nodes ou ganglions)
* N0 : pas de ganglions,
* N1 : envahissement d'un ou de plusieurs ganglions du petit bassin.
Stade M (métastases)
* M0 pas de métastases à distance,
* M1 à la présence de métastases en dehors du petit bassin [ganglions (M1a), os (M1b), autres localisations (M1c) comme poumons, foie ou cerveau].