Actualité Santé Française
La France suffoque sous le "dôme de chaleur", 13 départements en vigilance orange
Jeff PACHOUD - AFP
"Hypervigilance" envers les tout-petits et les personnes âgées, activités sportives annulées, travaux agricoles perturbés... La France subit un épisode de chaleur "inédit" en mai, avec 13 départements en vigilance orange canicule et des pointes annoncées à 38-39°C.
Sous l'effet d'un "dôme de chaleur" persistant, Météo-France a relevé mardi un nouveau record mensuel de température à l'échelle du pays, avec un indicateur thermique national à 24,8°C après 24,6°C lundi, du jamais-vu.
"Les jours se suivent et se ressemblent. Sur la majeure partie du pays, le temps reste sec sous un soleil de plomb", écrit l'institut dans son dernier bulletin. Et l'heure est à l'adaptation.
Mercredi matin à Rennes, Jean-Baptiste Chamard, 28 ans, a ainsi avancé l'heure de son jogging le long de la rivière Vilaine. D'ordinaire, "j'y vais sur ma pause déjeuner. Mauvaise idée… J'ai anticipé quand j'ai vu que des gens faisaient des malaises", explique-t-il. "À 27°C, je ne change pas mes habitudes mais à 33-34°C, si."
Devant une école maternelle de Mérignac, des parents évoquaient, eux, les difficultés de leurs enfants à s'endormir la nuit, comme Marwa, six ans, en grande section. "On lui donne des douches, on ne peut pas faire grand-chose d'autre", souligne Nagy Bouarar, son père, déplorant le manque d'isolation de son logement.
Ce phénomène météorologique, qui a provoqué directement ou indirectement la mort d'au moins sept personnes en France selon le gouvernement, est synonyme de températures supérieures de 10 à 15 degrés aux normales saisonnières.
Mercredi, le mercure doit atteindre 30 à 35°C, 37°C localement en Poitou-Charentes et Centre-Val de Loire, 38°C dans l'Aude et en vallée du Rhône, selon Météo-France.
Pour Matthieu Sorel, climatologue de l'institut, l'épisode est "exceptionnel, historique, inédit": "tous les superlatifs sont possibles" pour le décrire.
- "En plein cagnard" -
Treize départements, de la Manche à la Gironde en passant par le Finistère et les Deux-Sèvres, sont en vigilance orange canicule et une trentaine d'autres, principalement dans le sud-ouest du pays, en vigilance jaune en ce jour d'activités extrascolaires pour les enfants.
"On va faire attention, éviter les activités sportives, faire boire les enfants tous les quarts d'heure", souligne Charlotte Longaive, directrice de centres de loisirs en Gironde. Elle prévoit "des activités calmes dans des endroits identifiés comme frais", s'astreignant à une "hypervigilance surtout avec les tout-petits".
Valentina BRESCHI, Jonathan WALTER - AFP
Les clubs sportifs sont aussi sur le qui-vive après de nombreux malaises signalés le week-end dernier, parfois mortels.
"J'étais de 16 à 21 heures dehors, en plein cagnard", témoigne Simon Amillet, moniteur de tennis à Bègles, dans la banlieue de Bordeaux. "En rentrant, j'ai senti un gros mal de crâne et une fatigue, je n'arrivais pas à me lever", ajoute l'éducateur de 22 ans, qui a annulé des leçons et va adapter les séances destinées aux enfants mercredi, avec "moins de jeu" et "beaucoup d'arrosage".
Autorités et collectivités prennent aussi des mesures exceptionnelles. Dans la Manche, la préfecture a annulé des activités sportives scolaires de plein air. En Loire-Atlantique, des hébergements sont ouverts aux sans-abri à Nantes et à Saint-Nazaire et les maraudes ont été renforcées avec des distributions d'eau.
- "Pas dans l'urgence" -
"On n'est pas dans l'urgence", a déclaré mardi soir la ministre de la Santé, Nathalie Rist, ajoutant cependant qu'"il faut se méfier de ces vagues de chaleur même si on commence à en avoir l'habitude".
Jeff PACHOUD - AFP
Les températures se sont envolées depuis une semaine en raison de la présence sur la France et toute l'Europe de l'ouest d'un "dôme de chaleur", zone de haute pression qui bloque l'air chaud en provenance d'Afrique du Nord.
Du fait du changement climatique, essentiellement causé par l'accumulation dans l'atmosphère du CO2 généré par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, les experts rappellent que ces vagues de chaleur sont appelées à devenir de plus en plus fréquentes, intenses et précoces.
La France anticipe un réchauffement moyen de 2,7°C en 2050 et de 4°C en 2100, par rapport aux températures moyennes qui prévalaient avant la révolution industrielle.
L'épisode en cours, qui devrait prendre fin dimanche, est certainement "le premier d'une série" qui devrait se prolonger cet été, a prévenu mardi la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu présidera jeudi une réunion interministérielle sur la canicule, "pour faire le point sur la préparation des services de l'État".