Actualité Santé Française
La Croatie redoute les dégâts de ses déchets illégaux
MARKO PERKOV - AFP
Les habitants de la région montagneuse préservée de Lika craignent les dommages causés à l'environnement et à leur santé, par des années de décharges illégales, à l'heure où la Croatie s'apprête à retirer des dizaines de milliers de tonnes de déchets dangereux.
Dans sa maison entourée de fleurs et d'arbres fruitiers, Zeljka Sikic vit près de la décharge de Gospic (centre), contre laquelle les habitants mettent en garde depuis des années.
"Étant donné la nature des déchets, il faut commencer le nettoyage de toute urgence", affirme à l'AFP cette enseignante de 50 ans.
Dès 2021, rappelle-t-elle, les habitants ont remarqué des camions suspects circulant dans la ville, située à environ 200 km au sud de Zagreb, dans une région montagneuse surnommée le "poumon de la Croatie" pour ses paysages verdoyants.
L'existence de ces dépôts illégaux a été officiellement confirmée début 2025, mais ce n'est qu'en septembre de cette année que le gouvernement a publié un plan de dépollution.
- "Risque significatif" -
"Pas un seul kilo de déchets n'a été retiré jusqu'à présent", dénonce Vjekoslav Busic, membre de l'association "Gospic est notre foyer". "Cela continue de représenter une menace pour l'environnement et la santé humaine", ajoute-t-il.
En août, un rapport d'experts a confirmé une "contamination des sols" sur le site de Gospic, qui a touché les alentours et représente un "risque significatif" pour la population et l'environnement.
MARKO PERKOV - AFP
Ce rapport a été publié après l'annonce l'an dernier d'une enquête visant dix personnes soupçonnées d'avoir déversé sur divers sites, dont Gospic, des déchets provenant d'Italie, de Slovénie et d'autres régions de Croatie.
D'importantes manifestations ont dénoncé la lenteur des autorités à réagir.
"Le gouvernement prend la question très au sérieux et ne sous-estime en aucun cas le problème", a affirmé en août le Premier ministre Andrej Plenkovic, accusant l'opposition de "susciter l'hystérie" autour de cette affaire.
- Longtemps ignoré -
Le site de Gospic compte environ 44.000 tonnes de déchets, médicaux et autres, selon les estimations officielles. La majorité est enfouie à près de trois mètres de profondeur, ce qui complique le nettoyage.
Depuis que l'enquête pénale a été annoncée en février 2025, les habitants reprochent aux autorités de retenir des informations quant au devenir des déchets.
MARKO PERKOV - AFP
Ils se plaignent aussi qu'aucune mesure de sécurité n'a été prise, alors que des analyses ont conclu dès 2024 que ces rebuts ne pouvaient être traités comme non dangereux.
La semaine dernière, le gouvernement a présenté un plan de dépollution, qui pourrait prendre plus d'un an, pour un coût estimé à 55 millions d'euros. Il n'a pas encore été décidé si les déchets seront traités sur place ou hors de Croatie.
- Commerce mondial et lucratif -
Le traitement des déchets illicites est un commerce mondial et lucratif, que l'Office européen de lutte antifraude estime à 9,5 milliards d'euros par an rien qu'en Europe.
Une grande partie peut contenir des matériaux dont l'élimination est coûteuse, notamment les "produits chimiques éternels", qui ne se dégradent jamais.
"Ce n'est pas un problème croate (...) les autres gouvernements concernés doivent agir, car ils ont permis que cela arrive", pointe Loris Palentini, directeur de l'antenne Adria du Fonds mondial pour la nature (WWF). "C'est une question transfrontalière", insiste-t-il.
Les décharges sauvages de la région de Lika représentent un risque particulier : la nature du sol karstique - donc facilement érodé - fait craindre une contamination des nappes phréatiques, et par là d'une vaste zone.
Jusqu'à présent, des PFAS, appelés aussi "polluants éternels", ont été détectés dans les déchets et les eaux souterraines proches du site, mais pas dans l'eau potable de la ville, qui alimente d'autres localités et les îles de la côte nord de l'Adriatique.
Pour Zeljka Sikic, la nécessité de dépolluer rapidement est évidente : "La vie et la santé humaines n'ont pas de prix".