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Cancers cutanés: l'Anses alerte sur les risques liés à l'exposition professionnelle aux rayons UV
Fred TANNEAU - AFP/Archives
Agriculteurs, jardiniers, postiers, marins, saisonniers des stations de ski, ouvriers du bâtiment... en exerçant leur métier en plein air, quelque 3,5 millions de travailleurs, exposés aux rayons UV solaires, courent le risque de développer uncancer de la peau d'origine professionnelle, selon l'Anses.
Dans un avis publié jeudi, basé sur une revue de la littérature scientifique, l'agence sanitaire pointe un "lien avéré" entre une exposition professionnelle aux rayons ultraviolets (UV) et la survenue de troiscancers cutanés: carcinomes épidermoïdes cutanés, carcinomes basocellulaires cutanés,mélanomes cutanés.
Alors qu'un grand nombre de salariés sont exposés aux UV dans une multitude de métiers et de secteurs d'activité, souligne l'agence, cette expertise a "permis d'identifier une augmentation de risque pour ces trois types decancers ", résume à l'AFP Marion Keirsbulck, sa cheffe de l'unité d'évaluation des risques liés à l'air.
En revanche, "elle n'a pas permis d'établir une durée d'exposition aux rayons solaires en deçà de laquelle une augmentation de risque decancer serait écartée", précise-t-elle.
Behrouz MEHRI - AFP
D'autant que nombre de facteurs jouent: l'exposition aux rayons UV augmente avec "la durée du temps passé en extérieur, les horaires où le rayonnement solaire est le plus intense, la réflexion du soleil en mer pour les marins ou sur la neige lorsqu'on travaille à l'entretien des pistes de ski" par exemple, indique Amandine Paillat, son adjointe.
Mais le risque existe aussi "le matin avec un ensoleillement moins fort" ou avec "une exposition discontinue, comme la surveillance des enfants en récréation ou le service en terrasse dans la restauration", note-t-elle. "Or on ne pense pas forcément à se protéger".
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'exposition aux rayons UV est la principale cause descancers de la peau, qui font 120.000 morts par an dans le monde.
- Améliorer la prévention -
En Europe, l'Allemagne ou la Belgique reconnaissent et indemnisent lescancers cutanés d'origine professionnelle, alors qu'ils sont "sous-déclarés et sous-reconnus" en France, souligne l'Anses. Pour ces pathologies, il n'existe pas en France de "tableau" de maladies professionnelles, dispositif qui favorise la reconnaissance et donc l'indemnisation descancers d'origine professionnelle.
Ainsi, de 2013 à 2024, seules 137 demandes ont été examinées par un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles qui, en l'absence de tableau, se prononce sur le lien entre le travail et la pathologie -40% ont reçu un avis favorable. L'Allemagne, elle, a indemnisé des milliers de travailleurs pour la seule année 2018.
FRED TANNEAU - AFP/Archives
Uncancer est dit "d'origine professionnelle" s'il est la conséquence directe de l'exposition professionnelle à un risque physique, chimique ou biologique, ou résulte des conditions d'exercice de l'activité.
Et quelque 150.000 travailleurs de l'industrie ou du BTP sont exposés à d'autres rayons que ceux du soleil: les rayons UV artificiels provenant du soudage ou la découpe de matériaux notamment, avec le risque de développer unmélanome oculaire.
Certains travailleurs comme les agriculteurs sont exposés à la fois aux rayons solaires (lors des travaux des champs, vendanges...) et aux rayons UV artificiels, lors de diverses opérations (désinfection, nettoyage, désinsectisation, soudage, pendant le couvage des animaux éclairé aux lampes UV).
Au vu de cette expertise, l'agence sanitaire conclut en faveur de la création d'un tableau de maladie professionnelle tant pour "l'exposition aux UV naturels ou artificiels et ces troiscancers cutanés" que pour "l'exposition aux UV artificiels issus du soudage et lesmélanomes oculaires", indique Mme Keirsbulck.
Au-delà, l'agence insiste sur la nécessité de "considérer l'exposition aux UV solaires comme un risque professionnel à part entière": les entreprises seront alors tenues de prendre des "mesures de protection organisationnelles", comme le préconise le Code du travail, pour leurs salariés.
Car fournir des protections individuelles (chapeau, vêtements couvrants...) ne suffit pas: les activités doivent être reportées en cas de risque d'exposition élevée, et le temps passé au soleil être limité, sachant que le réchauffement climatique accroît l'exposition solaire.
Et pour détecter précocément ces pathologies, souvent diagnostiquées tard avec un pronostic moins favorable, un examen cutané pourra être systématiquement réalisé par les médecins du travail: ces derniers devront être formés aux examens dermatologiques.
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