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Bracelets thermiques, horaires adaptés: le "modèle espagnol" pour travailler lors de chaleurs extrêmes

Il n'est pas encore 10H00 du matin à Barcelone et le soleil tape au-dessus d'Antonio Reina, qui s'affaire à l'entretien d'un jardin public. À son poignet, l'un des 1.400 bracelets thermiques que la mairie a distribués à ses employés travaillant en plein air.

Ces dispositifs, qui ressemblent à une montre digitale sans écran, sont équipés d'un capteur de température corporelle qui alerte par une lumière rouge et un signal sonore lorsque le travailleur s'approche de valeurs dangereuses pouvant entraîner un coup de chaleur.

Face à l'accumulation et l'accélération de la fréquence des vagues de chaleur, les autorités espagnoles et les entreprises ont adapté ces dernières années les conditions de travail pour protéger les employés, au point de susciter en France un intérêt et des débats, au moment de la canicule de juin, autour du "modèle espagnol".

Le bracelet est "un élément supplémentaire de sécurité", apprécie Antonio Reina, cet agent d'entretien de 54 ans rencontré par l'AFP: "Comme il est censé sonner avant que tu ressentes les symptômes (d'un coup de chaleur), il te permet de quitter la zone de travail où tu te trouves, de boire de l'eau, de te mettre à l'ombre".

En plus de ce gadget innovant, les horaires de travail de ces employés municipaux ont été encore avancés et raccourcis. Ils suivent aussi quotidiennement un protocole prévoyant des pauses régulières pour s'hydrater, ont à disposition des casquettes rafraîchissantes et ne travaillent jamais seuls.

- Une législation depuis les années 1990 -

À Madrid, où les vagues de chaleur font régulièrement grimper en été les températures autour de 40ºC, les travailleurs de l'entreprise d'Eli de Sousa, qui installe des panneaux solaires, commencent la journée "plus tôt, dès 07H00, parce que nous devons absolument nous arrêter à 13H00".

Après, "il est impossible de travailler", assure ce patron brésilien de 41 ans.

Sur leur lieu de travail, ses employés disposent d'"une petite glacière pour rester hydratés en permanence", et si "la chaleur devient trop" intense, "nous nous arrêtons et essayons de rattraper le temps (de travail) un autre jour", explique-t-il.

À plusieurs reprises chaque jour, "nous devons descendre pour nous rafraîchir un peu, nous hydrater", explique quant à lui Juan Carlos Rodríguez, qui installe des équipements sur les toits, en référence aux dispositions prises par l'entreprise de télécommunications qui l'emploie.

Depuis les années 1990, la législation espagnole définit un cadre pour le travail en cas de grosse chaleur, prévoyant notamment que la température dans les espaces fermés ne doit pas dépasser 27°C -- une règle qui n'est toutefois pas systématiquement respectée, notamment dans les établissements scolaires. 

La mort en 2022 d'un agent de voirie à Madrid d'un coup de chaleur dans la rue, "a mobilisé la population, la société et aussi le gouvernement", souligne aussi Carmen Mancheño, responsable de la santé au travail au sein du syndicat Commissions ouvrirères (CCOO).

Dans la foulée est adoptée en 2023 une réglementation obligeant les employeurs "à adapter le temps de travail afin d'éviter que, pendant les heures où l'exposition (à la chaleur) est la plus forte, des tâches soient effectuées en extérieur", rappelle-t-elle.

Cette réglementation exige également la mise en place d'un protocole spécial en cas d'alertes orange et rouge émises par l'agence météorologique nationale pour fortes chaleurs.

- "Tenir bon" -

Dans les faits, cette directive est principalement appliquée dans le BTP et des services de propreté urbaine, mais "peu" dans les autres secteurs de l'activité, reconnaît toutefois la syndicaliste.

Et les congés climatiques, instaurés à la suite des inondations meurtrières de 2024 à Valence, qui permettent de ne pas venir travailler en cas de phénomènes météorologiques jugés défavorables, sont, selon elle, difficiles à mettre en place dans la pratique, car, en principe, une vague de chaleur n'empêche pas de se rendre sur son lieu de travail.

Dans ces conditions, la meilleure option reste "boire de l'eau, se vaporiser le visage et tenir bon", résume Fernando García, 64 ans, qui ouvre tous les jours son kiosque de glaces sur Gran Vía, l'artère principale de Madrid, même lorsque la chaleur est étouffante.

"Au XXIe siècle, personne ne doit tomber malade ni mourir sur son lieu de travail", a récemment martelé la ministre du Travail Yolanda Díaz.

Les sanctions infligées par son ministère aux entreprises pour des infractions liées à la chaleur ont atteint près de 1,6 million d'euros en 2025, près du double de 2022. Signe qu'il y a encore du travail à faire.

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